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Focus sur le marché chinois

Le 02/11/2020 par Sébastien Racine
Focus sur la croissance chinoise dans ce nouvel entretien de Sébastien Racine, directeur adjoint de la Gestion Sous Mandat de BPE et Responsable Multigestion, avec Claude Tiramani, Senior Equity fund manager - Emerging Markets et Japon à La Banque Postale Asset Management.

La croissance chinoise vous semble-t-elle soutenable ?

La forte croissance économique a permis à la Chine de devenir la seconde économie du monde, comblant progressivement son retard sur les Etats-Unis. En 2000, l’économie chinoise représentait 12 % de l’économie américaine alors que l’année dernière ce ratio atteignait 53 % selon le Fonds Monétaire International. Cependant, exprimé par habitant, ce ratio est passé de 2,6 % à 15,4 % sur la même période, laissant encore une marge importante de rattrapage en dépit du vieillissement de la population qui se profile en Chine.

Le PIB par habitant a atteint 9608 USD en 2018, un niveau suffisamment élevé pour permettre le développement de la consommation discrétionnaire [NDLR : consommation de biens non essentiels : luxe, médias, automobile, matériel électronique, hôtels…] dont raffole la nouvelle classe moyenne.
A titre anecdotique, le taux de pénétration des voitures en Chine est de 16 % alors qu’il est de 81 % aux Etats-Unis.
Si le rattrapage en volume du développement économique chinois est bien entamé (plus de rythme de croissance à deux chiffres), la qualité de celui-ci n’en est qu’à ses débuts.
Tiré historiquement par le secteur industriel en liaison avec le boom des exportations, le modèle de développement économique est, dorénavant, davantage centré sur la consommation et l’essor des services dont le potentiel de rattrapage, au vu des grandes économies mondiales, est immense.

Quelles sont les caractéristiques du marché actions chinois ?

La structure du marché des actions chinoises se divise en deux grands blocs. Le premier correspond aux places de cotations domestiques, en l’occurrence Shanghai et Shenzhen. Le second se résume aux places de cotation offshore, c’est-à-dire en dehors de la Chine, notamment Hong Kong et les Etats-Unis.

Les actions cotées sur le marché domestique sont libellées en yuan alors que celles cotées sur Hong Kong le sont en dollar de Hong Kong et celles aux USA en dollar américain.
Pour des raisons réglementaires, les investisseurs locaux ont été historiquement cantonnés sur les places de Shanghai et de Shenzhen, difficiles d’accès pour les étrangers. De leur côté, les étrangers ne pouvaient qu’investir sur les marchés offshore.
L’excès d’épargne en Chine explique que les niveaux de valorisation des actions sur les places domestiques sont, en moyenne, supérieurs aux niveaux de valorisations des actions cotées en dehors de Chine.

Depuis deux ans, un vent de déréglementation souffle en faveur de la création d’un grand marché actions en permettant progressivement aux étrangers, sous réserve d’avoir en place l’infrastructure légale et opérationnelle, d’investir sur Shanghai et Shenzhen.
En sens inverse, les investisseurs locaux ont la possibilité d’investir sur Hong Kong si bien qu’à terme, tous les intervenants, qu’ils soient étrangers ou locaux, auront accès à toutes les actions chinoises quelle que soit leur place de cotation.


Cette convergence progressive vers un marché unique devrait se traduire dans les années à venir par une augmentation graduelle du poids des actions chinoises dans les indices actions mondiaux.

Quels sont les risques d’un investissement en actions chinoises ?

Etant donné que les actions chinoises sont cotées dans une devise autre que l’euro, un investissement sur la Chine engendre un risque de change pour l’investisseur européen.

Par ailleurs, le poids des investisseurs institutionnels sur les bourses de Shanghai et de Shenzhen ne représente que 15 % des volumes, le reste étant dans les mains des 250 millions de comptes titres individuels ouverts en Chine.
La moindre représentation des institutionnels et leur rôle de stabilisateur sur le long terme engendre un surcroît de volatilité par rapport aux marchés actions des pays développés.