Avis d'expert

Investir dans les valeurs value (décotées).

Le 13/11/2019 par Sébastien Racine et Yann Giordmaïna
Définition des actions « value » dans ce nouvel entretien de Sébastien Racine, directeur adjoint de la Gestion Sous Mandat de BPE et Responsable Multigestion. C’est Yann Giordmaïna, gérant du fonds actions LBPAM Actions Value Euro qui s’est prêté à l’exercice de l’interview.

3 questions à Yann Giordmaïna, gérant du fonds LBPAM Actions Value

Pourriez-vous nous indiquer ce qu'est une valeur dite "value" ?
Au sens commun de la définition de la value et comme utilisé dans la construction des indices de style value, on retient principalement 3 critères : un P/B* et un P/E** faible au regard du marché ainsi qu’un taux de rendement des dividendes élevé. Considérant l’importance des poids dans les indices, on retrouve tout d’abord les valeurs du secteur des Services aux Collectivités, du secteur des Banques et Assurance et du secteur de l’Energie. Ce sont des valeurs dites d’actifs de long terme. Moins représentés aujourd’hui dans les indices, le secteur des Matériaux et la Santé rentrent aussi dans ce périmètre.
Cette présentation peut être considérée comme réductrice. Certains titres seraient value et d’autres pas. De notre côté, nous préférons distinguer des psychologies d’investissement. Il existe bien un prisme de lecture, un style d’investissement value. Dès lors, nous cherchons à investir dans des titres, des métiers qui sont sous-valorisés en bourse vis-à-vis de leur valeur intrinsèque. Chaque métier a un niveau normatif de rentabilité et se valorise à certains niveaux de multiples (voir historique des fusions-acquisitions, par exemple). Nous investissons lorsque que la bourse s’écarte trop de la valeur fondamentale du titre. A titre d’exemple, il pourrait être tout à fait envisageable d’investir dans le secteur du Luxe si le marché boursier délaisse ce métier.


Comment s'assurer de ne pas investir dans une « value trap »  ?
Des investisseurs peuvent être tentés d’investir dans un titre à l’aune de multiples de valorisation faibles. Mais, ceux-ci peuvent demeurer faibles longtemps rendant l’investissement infructueux. C’est ce que l’on a pu observer entre 2014 et 2018 à propos du secteur de la distribution alimentaire en Europe (notamment en France puis en Grande-Bretagne). Alors que le secteur générait des marges opérationnelles de plus de 6 % de façon régulière, l’évolution du métier (durcissement de l’environnement concurrentiel, changements réglementaires, nouvelles pratiques de consommation, etc…) a provoqué un pincement des marges. Croyant acheter peu ou pas cher, l’investisseur se retrouve actionnaire d’entreprises radicalement moins rentables. Investir dans une value trap, c’est se tromper sur le modèle économique de l’entreprise. Aussi est-il primordial de revoir régulièrement les cas d’investissement pour confirmer ou non l’analyse.

 


À quelles conditions de marchés ces valeurs sont-elles sensibles ?
Dans l’acception commune, les valeurs dites value sont sensibles à la conjoncture économique. En effet, avec une base d’actifs conséquente, ces titres profitent de l’effet de levier opérationnel à mesure que le taux d’utilisation des capacités de production augmente.

Si l’on se réfère à une définition plus large de la value, comme expliqué précédemment, le métier sous-jacent des titres étudiés revêt une importance primordiale. La dynamique propre de chaque métier doit être comprise. Il serait imprudent d’investir dans le secteur des semi-conducteurs, par exemple, sans avoir un état des lieux de la chaîne logistique et de l’équilibre offre/demande des familles de produits concernés.
P/B* = Price/Book = Capitalisation/Actif Net, une valorisation de type patrimoniale de l’entreprise.
P/E** = Price/Earnings = Capitalisation/Résultat Net, une valorisation en nombre d’années de résultat net.

 

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