Avis d'expert

Investir sur le marché du paiement : les acteurs et les tendances

Le 10/07/2019 par Christophe Girard
Christophe Girard, gérant titres vifs à la Banque Privée BPE, spécialiste des technologies, des médias et des télécoms, revient pour BPE Le Mag’ sur une étude complète qu’il a réalisée récemment sur l’industrie du paiement. Dans ce premier article, il évoque les acteurs et les tendances du secteur.

Quels sont les principaux types de paiement numérique ?

Derrière chaque transaction numérique se cache un vaste écosystème de paiement, au sein duquel on peut identifier quatre principaux types de paiement non-cash : les paiements par carte, les virements, les prélèvements et les chèques.

Quels sont les acteurs impliqués dans un acte de paiement par carte ?

La banque du commerçant (l’acquéreur) transmet une demande d’autorisation de paiement à la banque du client (l’émetteur) via un réseau de paiement (Visa, MasterCard, CB…). Chaque intervenant va prélever une commission sur la transaction en contrepartie du service rendu :
•    L’émetteur fournit une autorisation et garantit le paiement de la transaction.
•    Le réseau de paiement compense le débit de l’émetteur et le crédit de l’acquéreur.
•    L’acquéreur fournit l’accès aux systèmes de paiement par carte au commerçant.

L’émetteur comme l’acquéreur peuvent confier leurs services à un prestataire externe, qui sera rémunéré à chaque transaction effectuée par carte. En Europe, on peut citer Worldline, Nets, Worldpay, Ingenico, Nexi, Wirecard, GlobalPayments, Sia, Adyen, EVO Payment, etc.

Pour quelles raisons les banques ou les commerçants décident de passer par des prestataires de paiement ?  

En complément du traitement technique des transactions, les prestataires de paiement peuvent offrir aux banques émettrices des solutions pour externaliser l’émission de la carte, la production des relevés, le traitement des impayés, des solutions de paiement digital (porte-monnaie électroniques, etc.), des dispositifs anti-fraude ou encore des solutions de fidélité.
Pour le compte des acquéreurs, ces prestataires peuvent prendre en charge l’authentification de la carte, le traitement des demandes d’autorisation ou encore la conversion des monnaies.
Enfin, les commerçants peuvent signer des contrats directement avec des prestataires externes car leurs plate-formes couvrent de nombreux réseaux de paiement, moyens de paiement (cartes à puce, sans contact, paiement mobile, 3-D Secure, etc.) sur plusieurs canaux. Les prestataires peuvent également leur vendre ou leur louer des terminaux de paiement ou leur fournir des services digitaux (portefeuilles électroniques, ciblage, connexion de nouvelles applications, etc.).

Quelles tendances observe-t-on sur la part des transactions numériques dans le mix des paiements   ?

L’évolution vers les moyens de paiement électroniques se poursuit à la fois dans le secteur des paiements de détail et de gros. De plus, des moyens de paiement alternatifs se développent, alimentés par la révolution digitale, qui accroît le poids des transactions non cash dans le mix des paiements.
D’un côté, les consommateurs s’habituent aux expériences sur mobiles et aux nouveaux points de contact (click & collect, magasins numériques…). De l’autre, les distributeurs peuvent grâce aux solutions électroniques analyser les données de leurs clients et anticiper leurs besoins. Ils investissent donc dans de nouveaux systèmes de paiement qui centralisent les données et facilitent le processus de vente, comme les terminaux mobiles ou le portefeuille électronique (« wallet »). Ces moyens de paiement modernes reposent quasiment tous sur la carte (virtualisée dans un wallet), le virement ou le prélèvement.

La réglementation européenne favorise-t-elle les paiements électroniques ?

La Commission Européenne fait tout son possible pour pousser les transactions électroniques. En 2009, la Directive sur les services de paiement (DSP1) a permis d’harmoniser les règles entre chaque État membre de l’Union européenne. En introduisant la notion d’établissement de paiement, elle a stimulé la concurrence, fait baisser les coûts de transaction électroniques et favorisé leur adoption.

En 2015, elle a plafonné les commissions prélevées sur chaque transaction, ce qui a incité les commerçants à accepter de plus en plus les paiements par carte pour des montants plus petits.

En 2018, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) et la DSP2 sont entrés en vigueur. Cette dernière a des implications majeures en termes de sécurité  et d’innovations, comme l’obligation pour les banques de fournir un accès aux comptes de paiement aux prestataires ou la possibilité pour les commerçants de proposer à leurs clients des méthodes de paiement alternatives en se transformant en Prestataire de Services d’Initiation de Paiement (PSIP).

En savoir plus sur DSP2

Pour résumer, quels sont les éléments qui soutiennent la croissance des prestataires de paiement ?

L’activité des prestataires de paiement est corrélée à la croissance des transactions électroniques, quelles que soient leurs origines. Elle est soutenue par la hausse du nombre de cartes par habitant, leur taux d’utilisation, l’émergence des méthodes de paiement alternatives et par la réglementation.
Ces tendances structurelles devraient se poursuivre : non seulement les perspectives sont très encourageantes mais la nouvelle réglementation amène le marché européen des services de paiement à un point d’inflexion où la consolidation s’impose.


 [1] Fédération bancaire française. 07 novembre 2018 - La DSP2 et les enjeux de sécurité [En ligne]. Disponible sur https://bit.ly/2VpzxkW